mercredi 10 juin 2020

Réplication dans le nez, mutations. Podcast #47 du 9 juin 2020

Réplication du virus dans le nez 

Korinna Hennig: Il y a de nouvelles connaissances sur la transmission du virus. Jusqu'à présent, il a été question de la gorge, des voies respiratoires supérieures. Et puis au cours de l'infection des voies respiratoires inférieures, c'est-à-dire des poumons. Et le nez n'apparaissait que marginalement dans les considérations. Maintenant, un groupe de chercheurs de disciplines très différentes a publié une étude. La muqueuse nasale devient soudainement un protagoniste. [Je voudrais commencer par expliquer comment les chercheurs ont procédé] ils ont regardé quelles quantités de récepteurs ACE2 se trouvaient et où. En d'autres termes, l'enzyme dont le virus a besoin pour pénétrer dans la cellule. Ils ont recréé un virus, un virus synthétique aux propriétés fluorescentes qui peut devenir lumineux, rendant ainsi visible l'infection de certaines cellules.

Christian Drosten: Nous avons donc ici une méthode très classique de virologie moléculaire. Nous parlons de génétique inverse. Ce que nous faisons: Nous prenons le virus - je dis «nous», mais bien sûr mon laboratoire n'a pas été impliqué dans cette étude! Mais nous avons aussi cette technologie. Alors ce que vous faites: vous prenez le génome du virus, qui a une forme d'ARN, c'est-à-dire l'acide ribonucléique, et non l'acide désoxyribonucléique qui a un double brin. Une très grande part des techniques de biologie moléculaire sont basées sur l’examen de mutations au niveau de l'ADN, donc de chercher des changements. Au niveau de l'ARN, nous ne pouvons pas le faire facilement. Nous ne pouvons pas insérer des mutations dans l'ARN. Les chimistes peuvent le faire, bien sûr, mais les biologistes moléculaires doivent d'abord faire une copie complète de l'ARN sous forme d'ADN. Il s'agit donc de l'ADNc, un petit c devant les trois lettres ADN, qui sont en majuscules, qui signifient «ADN complémentaire» et nous pouvons maintenant cloner cet ADNc. Par exemple, nous pouvons l’incorporer dans un plasmide. Et ce plasmide peut ensuite être répliqué dans des bactéries […] et ensuite traiter cette grande quantité de plasmide grâce à des méthodes de biologie moléculaire. Par exemple, détacher des morceaux ou insérer d'autres morceaux de cet ADNc. À partir de ce plasmide, nous pouvons également copier l'ARN avec une enzyme. Et nous pouvons introduire cet ARN transcrit dans des cellules de culture. Une nouvelle réplication de virus en découle et de nouvelles protéines sont éliminées de l'ARN. Les protéines commencent alors à répliquer le virus elles-mêmes. Et à la fin, un nouveau virus sort de cette cellule, qui a reçu cet ARN. Et c'est en effet un virus produit artificiellement. Ceci est fait à partir d'une copie intermédiaire. Il s'agit donc en fait d'une copie parfaite du virus d'origine, qui ne se distingue pas en laboratoire. Mais ce que vous pouvez bien sûr faire maintenant, c'est ôter une protéine au niveau de l'ADNc […] pour voir si, par exemple, le virus se réplique toujours aussi bien. Nous pouvons alors conclure que cette protéine que nous avons retirée pourrait être importante pour le virus. […] Et on peut aussi faire autre chose, ce que ces chercheurs ont fait. [...] Ils ont remplacé une protéine par une protéine fluorescente verte, qui provient d'une algue et peut être incorporée dans diverses molécules biologiques. Ici, elle a été intégrée dans ce génome du virus. Et si vous regardez ensuite des cellules infectées par ce virus artificiel au microscope, vous pouvez voir qu’elles émettent une lumière verte. C'est très utile si vous voulez savoir où ce virus se reproduit, dans quel type de cellule.

On peut prélever un morceau de tissu à partir d'une préparation chirurgicale, par exemple, d'un patient subissant une opération de la muqueuse nasale, parce qu'il y a un polype ou une tumeur. Des morceaux de tissus sains sont également retirés, et nous pouvons infecter ces morceaux avec un virus brillant, puis regarder au microscope pour voir quel type de cellules exactement a été infecté ? les cellules ont toutes des fonctions différentes : [certaines, avec des cils, sont conçues pour transporter le mucus], d'autres sont des cellules caliciformes qui fabriquent ce mucus. Ensuite, il y a d'autres cellules qui fabriquent d'autres substances qui aident à maintenir cette muqueuse en vie. Ce sont des cellules dites de Clara. Il y a donc ces trois grands types de cellules : Cellules ciliées, les cellules Clara et les cellules caliciformes. Nous pouvons les distinguer les unes des autres, puis infecter et regarder quel type de cellules ont été infectées?

Hennig: Et dans ce cas, ce sont plutôt les cellules ciliées.

Drosten: Exactement. Voilà la conclusion qui ressort de façon générale. Ce n'est pas une grande surprise, d'ailleurs, c'était la même chose avec le virus du SRAS de 2003.[…]

Hennig: Mais pouvons-nous en conclure qu’on peut être plus facilement infecté par le nez que par la gorge?

Drosten: Oui, mais encore une précision: Dans cette étude, [on a utilisé] des morceaux de nez, mais aussi de gorge et de trachée. Puis aussi les sections les plus profondes de l'arbre bronchique jusqu'à la section terminale, jusqu'aux alvéoles. On a cherché l'expression du récepteur d'entrée du virus, l’ACE2, enzyme de conversion de l'angiotensine numéro deux.

Hennig: La serrure qui correspond à la clé.

Drosten: Oui, exactement. Il s'agit de la molécule à la surface cellulaire sur laquelle ce virus se connecte pour entrer dans la cellule. Mais il y a un facteur supplémentaire, une protéase transmembranaire. TMPRSS2. Et cette protéase transmembranaire et le récepteur ont été initialement caractérisés le long de l'ensemble des voies respiratoires - en termes de niveau d'expression. Et le TMPRSS2 est partout. Le récepteur ACE2, cependant, est d’avantage présent dans les voies respiratoires supérieures et particulièrement dans le nez. Cela conduit évidemment au fait que le virus du SRAS-2 se développe particulièrement bien dans l'épithélium muqueux nasal. Le nez est donc apparemment un très bon organe cible pour le virus du SRAS-2.

Hennig: Cela signifie-t-il que nous devons tirer une leçon concernant notre comportement? Nous savons que nous devons recouvrir le nez et la bouche, mais on voit toujours des gens qui portent le masque que sur leur bouche.

Drosten: Même sans cette étude, on sait qu’on ne doit pas faire comme ça. […] Parce que cette protection bouche-nez est censée intercepter tout ce que vous expirez, non seulement par votre bouche, mais aussi par votre nez. En fin de compte, cela peut également venir des poumons. […] Et il ne faut pas oublier: le nez n'est pas seulement la connexion directe avec la gorge, mais [il y a aussi les sinus] où il y a aussi une muqueuse où l’ACE2 s'exprime également. Et il y a la constatation que les patients infectés par le SRAS-2 ont une sinusite, une infection des sinus. Donc, tout ce qui est directement connecté au nez est plein de virus. Je pense donc que l'on peut supposer que lorsqu'on expulse par le nez, on excrète également une bonne quantité de virus.

Hennig: Et les résultats peuvent-ils éventuellement être utilisés pour imaginer un traitement?

Drosten: Je pense que c'est un peu difficile actuellement, même si c’est discuté dans l’étude. On a aussi regardé les poumons des patients décédés, qui n’avaient pas été ventilés. Et ce qu’on a vu, c'est qu'il y a un schéma de distribution des foyers d'infection dans les poumons qui pourrait s'expliquer par l'aspiration du virus par les voies respiratoires supérieures. […] Le virus est inhalé par le nez [avec] de petites particules de liquide et de mucus, et là où ça atterrit dans les poumons, on a un nid d'infection. Ces nids se répartissent le long de l'arbre bronchique de haut en bas dans les poumons. Maintenant, bien sûr, la question est: cela aurait-il une conséquence thérapeutique? Vous ne pouvez pas dire aux gens de ne pas respirer par le nez, ce n'est certainement pas une recommandation qui puisse être faite! Mais ce qui vaut la peine d'être considéré est une thérapie par inhalation au début de l’infection [...] Ce ne serait pas une mauvaise idée si vous aviez des substances antivirales sous forme de spray nasal ou à inhaler. Les sociétés pharmaceutiques y travaillent également [...] Vous pouvez donc tirer quelque chose de cette étude.[…]

Et d’autres choses peuvent être dérivées de cette étude. Par exemple, l'idée que le nez capte le virus et qu'il commence à se répliquer. C'est généralement le cas avec une infection virale. Nous avons une phase initiale de réplication du virus dans la muqueuse que les cellules remarquent. Nous parlons de détection d'infection ou de détection immunitaire, qui déclenche des réactions immunitaires locales, en particulier du système immunitaire inné. Par exemple, la libération d'interféron. L'interféron est une première ligne de défense contre les infections virales en général. Et ce qui se passe, c'est que la cellule infectée produit cette substance et la libère dans le voisinage. Et les cellules voisines sont alors prévenues. Ce signal d'interféron [dit] aux autres cellules: il se passe quelque chose, protégez-vous. Un chemin de transduction du signal commence alors. Il s'agit du chemin de signal dit JAK-STAT. Cela signifie que les gènes sont activés dans le noyau cellulaire qui ne sont autrement pas utilisés du tout. Et lorsque ces gènes sont exprimés dans la cellule, la cellule modifie son métabolisme dans un mode complètement différent. Certaines choses qui sont là pour maintenir l'état de base de la cellule sont mises en arrière-plan. La cellule court même le risque de se sacrifier. Et la priorité est donnée à l'expression des protéines qui bloquent la réplication des virus. Il peut s'agir de protéines qui interfèrent avec le métabolisme des acides nucléiques des virus et malheureusement aussi de la cellule elle-même, ce qui signifie que la cellule est en danger. Cependant, cela peut également être autre chose, par exemple la production et l'excrétion de protéines, ce qui a pour conséquence que les conditions environnementales pour la production de particules virales empirent […] Ainsi, un virus arrive, infecte un nid de cellules sur une muqueuse, et un statut antiviral apparaît dans le voisinage de ces cellules, ce qui fait des vagues sur toute la muqueuse. La muqueuse entière est alors [en mode] antiviral. L'irritation nasale en est une conséquence. Les cellules immunitaires sont alors à nouveau attirées, ce qui entraîne la libération d'autres substances qui provoquent ces irritations. [...] On peut se demander si ça fait une différence de recevoir une dose de virus, qui déclenche alors toute l’infection, ou 10 ou 20 doses. Cela pourrait également permettre de répondre à la question sur la façon dont vous contractez la maladie. À savoir, en passant, avec une dose juste suffisante pour fixer un foyer d'infection dans le nez, ou dans un scénario opposé, où un patient est dans une pièce depuis longtemps avec beaucoup de virus dans l'air.

Dernières découvertes sur la mutation du virus 

Hennig: Il y a aussi une nouvelle étude pré-publiée d'Oxford. Un avertissement: ce sera un peu compliqué. Dans cette étude, des échantillons de 400 patients ont été examinés et leurs gènes viraux ont été séquencés.

Drosten: Cette étude porte sur la question de savoir à quoi ressemble réellement le virus chez un patient. Et maintenant, je dis juste le virus, comme je dirais: l'argent. Il peut y avoir beaucoup d'argent en circulation, comme on dit aussi qu'il y a beaucoup de virus dans l'infection, dans une épidémie. Et quand je dis le virus chez un patient, je veux dire un nuage indéfinissable, on peut aussi dire une population. Chaque virus a un génome complet. Et si nous prenons maintenant toute une population de virus chez un patient, nous parlons d'une situation dynamique. Vous pouvez essayer d'analyser cela et dans cette analyse de séquence, il n'est pas si facile de distinguer les virus individuellement, mais vous obtenez quelque chose comme une somme de toutes les séquences. Vous obtenez donc une grande collection de sections de séquençage individuelles qui décrivent la population du virus. Les scientifiques ont d'abord examiné les mutations spécifiques qui se produisent dans ces virus. Et ce qu'ils cherchaient, c'est si le virus a l'habitude d'acquérir une mutation à un certain point. Différentes lignées de virus, indépendamment les unes des autres.

Hennig: Aussi chez différents patients?

Drosten: Oui, exactement. Et nous parlons ici, dans l'évolution, de ce qu'on appelle une convergence, une caractéristique qui apparaît car elle a du sens pour les virus.[...] Et maintenant, on a examiné ces caractéristiques chez des patients à Oxford et dans un endroit à environ 60 kilomètres, Basingstoke. Et on a regardé ce que les virus de ce cluster ont en commun. On peut supposer que ces personnes peuvent avoir des contacts entre elles. L'ensemble de l'étude ici est basée sur environ 405 génomes de virus complets. [...] On a regardé dans les 405 séquences et vu: Dans 87 de ces séquences, soit 87 personnes, quatre caractéristiques les plus courantes se produisent toutes ensemble. Et dans 78 autres, aucune de ces quatre caractéristiques les plus courantes n’apparaît simultanément. Cela signifie que nous avons déjà un lien très fort entre ces caractéristiques. Elles sont toutes là en même temps ou pas du tout. Entre les deux ... 87 plus 78 ne sont bien sûr pas 405. Entre les deux, il y a un bruit de fond technique et génétique. Cela peut avoir peu de sens quantitatif car il existe de nombreux facteurs perturbateurs. Mais il est frappant que ce phénomène se produise complètement ou pas du tout chez un si grand nombre de patients ici. Ensuite, on a regardé comment la distribution de ces caractéristiques diffère au sein d'un même patient. Et c'est très intéressant. […] Cette caractéristique est appelée polymorphisme mononucléotidique intra-individuel, c'est-à-dire polymorphisme mononucléotidique (SNP). [...] Et pour revenir aux chiffres antérieurs: 87 des 405 patients ont des variations dans leurs populations de virus aux quatre mêmes endroits. Et 78 autres personnes n'ont aucune variation de virus dans leur virus à aucun de ces endroits. Telle était donc la constatation initiale frappante.

Hennig: Est-ce quelque chose qui vous surprend?

Drosten: Cela me surprend, oui.

Hennig: Pourquoi?

Drosten: Cela me surprend car cela pointe vers quelque chose qu’en tant que virologue, je soupçonne déjà dans ces données, mais que nous devrons peut-être développer encore dans la discussion. Voyons maintenant comment cela est réparti géographiquement. [...] Les virus à Oxford sont différents à d’autres endroits chez un même patient qu'à Basingstoke. Il y a donc des cas de patients qui ont des différences aux mêmes endroits du virus. Et ce sont les mêmes à Oxford. Et puis il y a d'autres endroits qui sont cohérents à Basingstoke. Deux choses peuvent arriver. La première est que les virus sont structurés géographiquement. Et l'autre chose est que les virus sont structurés phylogénétiquement. Nous prenons donc deux échantillons différents de virus, deux génomes et les comparons. Et cela peut être simplement parce qu'ils sont proches les uns des autres localement. Ou il peut arriver qu'ils soient réellement développés sur un arbre généalogique. Une propriété qui peut être la même dans deux génomes, même si ces deux génomes ne sont en réalité pas très étroitement liés. Et cela peut être dû au fait que ces deux lignées génétiques distinctes se sont récemment mélangées sur le lieu d'observation. Donc, la question qui est en réalité ici est la suivante: l'emplacement prévoit-il que deux virus sont liés ou est-ce que l'arbre généalogique phylogénétique prévoit que deux virus sont liés?

Un virus A a donc un nucléotide A au numéro 5 000 du génome, et qui deviendra toujours un nucléotide T après deux semaines, pour une raison que nous n'avons pas à comprendre maintenant. Ce n'est qu'une observation. Mais cela ne se produit qu'avec ce virus sur cette branche de l'arbre généalogique. Un virus qui se trouve sur l'autre branche de l'arbre généalogique n'a pas cette propriété, c'est-à-dire cette tendance à faire une mutation à ce stade. Et c'est important pour expliquer cette variabilité. Parce que nous devons nous demander maintenant: cette variabilité est-elle maintenant apparue chez ce patient, simplement parce que le patient a ce virus de cette branche de l'arbre généalogique et non de l'autre? Alors, est-ce une propriété du virus même? Ou s'agit-il d'une autre propriété, à savoir géographique? Et la réponse est déjà là. Ce n'est pas un trait viral car ce trait n'est pas structuré phylogénétiquement. Mais cela est évidemment structuré géographiquement. Parce qu'à Oxford, il y a les mêmes concordances en ce qui concerne l'emplacement. Quant au placement de la variabilité dans le génome, il est différent des endroits où le même phénomène se produit chez les patients de Basingstoke. On est allé plus loin et on a regardé des scénarios et fait des observations intéressantes.[…] Des patients ont été infectés par au moins deux virus différents. Et à partir de ça, deux branches différentes se sont développées.[...] Imaginons un virus vert et l'autre rouge. Presque tous les patients ont une population de virus rouge ou verte. Mais il y a des patients qui ont un nuage de points mélangé. Ils ont beaucoup de points rouges, et beaucoup de points verts. Soit dit en passant, nous l'avions déjà vu dans notre enquête sur la cohorte Webasto à Munich. Dans un cas, un patient avait un virus différent dans la gorge que dans les poumons. Et cela semble se produire plus souvent qu'on ne le pensait. Donc, ici, dans ce cas, nous avons trouvé cela dans l'enquête globale, c'est-à-dire dans le grand ensemble de données dans 20 des 1446 génomes. Et de manière frappante. [...] Et cela peut se produire de deux manières. La chose évidente est la suivante: j'ai un virus dans mon infection, puis un autre virus, une surinfection. Je reçois donc une infection supplémentaire. […] Il doit être possible que toute la population de virus colorés a été transmise. Que ces patients infectés ont reçu au moins deux virus différents. Un rouge et un vert. Et cela ne semble pas être si rare avec ce virus.

Hennig: Le virus, s'il mute, veut s'optimiser, assurer sa survie. C'est le seul objectif d'un tel virus. S'il y a tant de variantes différentes qui continuent de coexister, est-ce une bonne nouvelle de notre point de vue?

Drosten: De notre point de vue, c'est une très mauvaise nouvelle.

Hennig: Mauvaise nouvelle?

Drosten: Oui.

Hennig: Est-ce à dire que le virus s'optimise à plusieurs niveaux?

Drosten: Oui, tout d'abord, la conclusion fondamentale est la suivante: il y a évidemment des patients qui contractent leur infection avec une dose d'infection plus élevée qu'une simple unité infectieuse. Et cela ne semble pas être aussi rare avec cette infection virale. D'un point de vue biologique évolutif, nous avons un goulot d'étranglement relativement large. J'ai beaucoup de virus dans le nez ou la gorge. Une unité infectieuse de celui-ci passe à quelqu'un d'autre et là, ce virus devient une grande population. Cela signifie que cette population est passée par un goulot d'étranglement, par un rétrécissement dans lequel la taille de la population était un entre-temps dans l'événement d'infection. Il n'y avait donc qu'un seul virus. Et ce rétrécissement de la taille de la population s'accompagne d'une diminution de la taille effective de la population à long terme avec ce virus. Et une petite population a peu d'options par rapport à une grande population en ce qui concerne les mutations adaptatives, c'est-à-dire les mutations qui ont également un sens pour le virus. Mais en principe: un virus qui passe toujours par un goulot d'étranglement de la population doit lutter contre les mutations qui ne sont pas utiles. Nous parlons de dérive génétique. Si une mutation se produit quelque part dans un génome, il est plus probable qu'elle soit mauvaise plutôt que bonne pour l'organisme. Et si nous retirons une seule unité infectieuse de cette grande loterie, il se peut que le virus qui est transmis soit un mutant qui n'est probablement pas utile. Cela conduit à une infection morte. J'ai donc un virus cassé et je ne suis pas vraiment infecté. Cela se produit davantage avec un goulot d'étranglement serré. Avec une taille supplémentaire au goulot, c'est-à-dire avec une dose de virus transmise plus élevée en moyenne dans l'événement d'infection, je recevrai toujours le type [viable]. Et cet effet de frein, inhérent à une telle infection avec un goulot d'étranglement de un, n'est plus efficace. Ce n'est pas si bon pour la pérennité de l’infection.[…]

Ces virus qui se multiplient dans la cellule deviennent de nombreux virus successeurs. Ils ne peuvent vraiment changer que par des mutations qui s'accumulent lentement. En évolution, il arrive souvent qu'une mutation ne fasse aucune différence et seule la somme de trois, quatre ou cinq mutations apporte un changement phénotypique important, c'est-à-dire dans la forme et les manifestations et le comportement d'un tel virus. Et pour que ces différentes mutations se rejoignent, vous avez besoin d'un virus qui ne fait qu'un processus de mutation directe... Il y a donc une mutation, et il y en aura une autre dans la génération suivante et une autre dans l’autre génération. Et il ne faut que cinq générations pour percer, puis le virus qui émerge a un avantage de sélection et se multiplie plus rapidement que la concurrence dans la même population. Comment ces cinq mutations sont-elles censées se rencontrer lorsque les quatre premières ne sont d'aucun intérêt pour le virus? Cela signifie qu'ils ne se réunissent pas du tout. Cela signifie que le virus reste stable. Le virus ne devient pas plus dangereux ou plus contagieux, car l'évolution ne peut pas anticiper, ce ne sont que des processus statistiques et stochastiques. Et maintenant, il y a quelque chose qui a profité aux organismes au cours de leur histoire évolutive en termes d'assemblage de mutations utiles. On peut donc imaginer qu'une sous-unité d'une population crée une ou deux mutations qui ne sont pas encore utiles en elles-mêmes. Et dans une autre sous-unité de la population, deux autres mutations surviennent qui ne sont pas utiles en elles-mêmes. Mais si vous les rassemblez dans une progéniture, tout se produit soudainement. Et c'est soudainement un énorme avantage de sélection pour ce nouvel organisme, qui a maintenant assemblé les mutations. Assembler ces mutations est une recombinaison, c'est-à-dire un croisement et une fusion des génomes. Ainsi, les virus peuvent également se recombiner - même à partir de branches parallèles. Un virus, sur quoi s’optimise-t-il ? Sur la contagiosité, en se répliquant de façon plus concentrée.

Hennig: Est-ce quelque chose que vous craignez si les résultats de cette étude sont confirmés?

Drosten: Je pense que sur la base de cette étude, nous devons être conscients qu'il s'agit probablement d'un virus qui se transmet dans un plus grand nombre d'événements infectieux avec une population légèrement plus grande, de sorte que les populations de composition mixte restent stables sur plusieurs patients d'affilée. Et cela signifie que le virus a déjà de meilleures chances d'optimiser les humains - à long terme. Il y a donc une chance qu'il s'adapte mieux aux gens que s'il n'avait pas ces doses de transmission plus importantes. Et cette adaptation peut se produire en ajoutant différentes mutations dans différents branches. Et les changements phénotypiques qui pourraient en résulter, par exemple, seraient que le virus se réplique encore mieux dans le nez et est mieux transmis. Mais cela ne rend pas trop malade. Cela signifie que tout ça se termine par un nez qui coule, [et que les poumons ne soient plus touchés]. Cela pourrait arriver.

Hennig: Ce serait une bonne nouvelle.

Drosten: Ce serait bien. Ce serait une banalisation de cette maladie. D'un autre côté, quelque chose d'autre peut également se produire. On peut aussi dire que le virus est déjà optimisé pour le nez, ce qui veut dire que ce qu'il pourrait faire maintenant est augmenter son niveau de réplication dans toutes les muqueuses, ce qui affecterait également les poumons, devenant une maladie plus grave. [...] Si le virus s’optimise sur le nez et touche moins les poumons, nous avons le nez qui coule pendant une longue période sans nous sentir mal. Et le virus se transmet encore mieux. Et il aurait clairement un avantage de sélection au niveau de la population. Dans l'autre cas, si l'évolution du virus fait que le niveau général de réplication augmente, alors il frappe partout - le nez, mais aussi les poumons. Et nous tombons malades plus rapidement ou davantage d'entre nous tombons malades. Et sachant qu'il s'agit d'une maladie infectieuse dangereuse, nous restons à la maison et contaminons moins de patients, ce qui serait un inconvénient pour le virus. Et maintenant, je parle en tant qu’être humain, prudemment optimiste, et je dis que, d’après l'expérience, les épidémies virales deviennent plus inoffensives avec le temps. Ce n'est pas seulement une immunité de la population qui apparaît, c'est [...] qu’un virus qui circule depuis longtemps perd une partie de sa virulence [dans les modèles animaux] [...]

vendredi 5 juin 2020

Enfants, écoles, modèles, médias. Podcast #46 du 4 juin 2020

Version actualisée de l'étude de Drosten

(Dans un premier temps, Drosten revient à nouveau sur le fait que la première version utilisait une analyse statistique superficielle. Cf les épisodes précédents)

Hennig: Dans le fond, le message reste le même. Même si vous l'exprimez un peu différemment - dans l'ensemble, vous n'avez pas pu trouver de preuve que les enfants, par rapport aux adultes, pourraient moins transmettre le virus. Mais vous avez fait autre chose dans cette mise à jour: vous avez regroupé les données différemment en termes d'âge et les avez comparées les unes aux autres. Et vous avez également fait une distinction en fonction du type de test. Il existe deux tests différents. Pourquoi ces différences? 


Drosten: Nous avons des appareils en laboratoire qui diffèrent par leur capacité, par le nombre d'échantillons qui peuvent être testés par heure ou par jour. Au début de toute cette épidémie, nous avions en laboratoire l'équipement normal avec lequel nous travaillons sur d'autres virus. Au fur et à mesure que le flots d’échantillons grandissait, nous avons pris soin de nous adapter. Notre laboratoire, Labor Berlin, est l'un des plus grands laboratoires d'approvisionnement pour hôpital d'Europe. C'est pourquoi nous avons eu un afflux d'échantillons. Au total, nous avons testé près de 78.000 échantillons au cours de la période, ce qui est extrêmement élevé. Vous ne pouvez pas suivre avec l'équipement normal. Nous avons revu l’équipement afin de pouvoir travailler à plus large échelle. Mais ce n'était pas au début de l'épidémie, mais à partir de mi-mars. Nous avons évalué les appareils séparément [dans nos statistiques. Il y a une différence entre les appareils], mais qui n'a rien à voir avec les appareils, et qui peut être expliquée. Nous le savions dès le départ, et nous savions également qu'il était très difficile de vraiment le différencier. Mais dans la première version, nous avons délibérément mélangé les données et les avons examinées avec des méthodes approximatives – on s’est dit que tous les effets seraient lissés. Au début, nous avions une grande proportion d'échantillons en ambulatoire, provenant par exemple d'un centre de test que la Charité a mis en place pour Berlin, [et ailleurs]. On peut donc dire qu’il s'agit de patients qui sont en bonne santé, qui viennent seulement pour être testés pour ce virus. Ils rentrent ensuite chez eux et attendent le résultat. En revanche, il y a des hôpitaux et des unités de soins intensifs qui nous envoient également des échantillons. 

Hennig: Est-ce là la distinction entre malade et non malade ou seulement légèrement symptomatique? 

Drosten: Exact. Nous nous demandons qui sont ces patients? C'est quelque chose à analyser. Et nous voyons dans cette post-analyse un effet que nous connaissions déjà, car nous sommes toujours en contact avec les expéditeurs. Au début, disons de fin février à fin mars, nombreux patients étaient testés car ils voulaient simplement savoir s'ils avaient la maladie. Plus tard, cela a changé pour plusieurs raisons. Tout d'abord, de plus en plus de patients ont été testés positifs, puis ils sont tombés malades par la suite, c'est-à-dire fin mars, mi-avril à fin avril, et sont venus à l'hôpital. Et ce ne sont plus les mêmes patients - ce sont des échantillons qui nous sont envoyés pour des patients hospitalisés. Nous n'avons examiné que le premier échantillon pour chaque patient dans cette étude. Les expéditeurs nous ont ensuite envoyé des échantillons de patients qui étaient plus susceptibles d'être dans la deuxième semaine de la maladie. Et c'est crucial. Dans l'ensemble, les envois sont passés d'une concentration de patients externes à une concentration de patients hospitalisés. Ensuite, il y a un autre aspect. Au tout début de l'épidémie, nous étions l'un des rares laboratoires allemands à tester. Nous sommes un laboratoire de référence pour les coronavirus pour toute l'Allemagne. Au début, nous recevions encore un nombre relativement important de prélèvements de la part des autorités sanitaires. Et ce suivi des cas contacts par les autorités sanitaires a été de plus en plus mal fait, simplement par surcharge de travail. Elles se sont ensuite concentrées sur les points les plus importants, à savoir les clusters ou les familles, pour les mettre en quarantaine. C'est la mesure la plus importante, elle arrête la propagation. [...] À un moment donné, tous ces efforts [pour tester chaque personne] n'étaient plus réalisables - ni à Berlin ni ailleurs en Allemagne. Il y a toujours des autorités sanitaires qui le font mieux et qui l'ont fait et l'ont fait jusqu'au bout. Mais l'impression générale, et nous le voyons en laboratoire, était que les autorités sanitaires ne pouvaient plus le faire. Cela signifie que nous avons reçu de moins en moins d’échantillons de la part des autorités sanitaires. C'est un effet qui affecte tous les groupes d'âge, mais qui a particulièrement concerné les enfants. Pourquoi? Parce que les enfants ne présentent aucun symptôme, les enfants ne sont que légèrement affectés par cette maladie. [Et si vous avez des symptômes, vous n’emmenez pas votre enfant, qui lui n’a aucun symptôme, dans un centre de test où se trouvent plein d’autres malades. Cela explique] que les enfants n’ont pratiquement pas été testés du tout. [...] Au début, lorsque les autorités sanitaires avaient encore de la marge, elles ont en partie [testé des familles entières]. C'est la base de nombreux échantillons d'enfants que nous avons. 

Hennig: Cela concerne le premier appareil. L'autre appareil de test sera utilisé dans la phase ultérieure. Et cela explique la différence. 

Drosten: Bon, dans la phase ultérieure, nous avons principalement utilisé l'autre appareil. Mais les enfants qui ont été testés sur cet autre appareil, en particulier les plus jeunes de 0 à 9 ans, étaient complètement différents, c’étaient principalement des enfants qui étaient déjà à l'hôpital - car ce sont les quelques enfants qui ont eu des symptômes et ont été admis à l'hôpital. Soit pour les surveiller car ils ont des maladies sous-jacentes, par exemple des enfants atteints de cardiopathie, [ou alors parce qu’on a préféré les hospitaliser par précaution]. Et d'un autre côté, ce sont des enfants vraiment malades qui doivent être soignés. Ces deux catégories d'enfants ont un point commun: tout comme les adultes hospitalisés pour cause de maladie, ils sont en moyenne déjà en deuxième semaine de maladie. Nous en avons déjà parlé plusieurs fois : les prélèvements de gorge ont beaucoup moins de virus durant la deuxième semaine de maladie, voire sont négatifs. Cet effet joue ici. Il n’y a qu'au début de l'épidémie que nous avons pu voir des enfants tels qu’ils sont lorsqu’ils vont à la crèche ou à l'école: en bonne santé mais infectés.

Hennig: Cela signifie que nous sommes déjà en train de faire la distinction entre des données statistiques et d'autres facteurs que le virologue doit prendre en compte. En conclusion, peut-on dire qu'avec l’appareil utilisé en premier, il y a moins de différences entre les enfants et les adultes dans la charge virale? 

Drosten: Oui, c'est exactement ça. Cette machine du laboratoire a été utilisée à une époque où les tests étaient encore très homogènes - adultes et enfants très similaires. Sur l'autre machine, les enfants étaient à l'hôpital, plutôt en deuxième semaine. Mais les adultes étaient toujours un mélange d'hospitalisation et de consultations ambulatoire, car cette machine a également été utilisée pour les tests [à grande échelle de la population]. C'est pourquoi nous avons examiné les résultats de ces machines séparément dans notre analyse. Et ce que nous voyons, c’est: la machine où nous savons que les échantillons ont été prélevés de manière plus réaliste pour la maladie dans la population, nous ne voyons aucune différence entre les enfants et les adultes. Et nous voyons une différence avec l'autre machine. Ceci est moins dû aux méthodes statistiques utilisées qu'à cette séparation des données, à cet examen attentif des données.

Hennig: Ensuite, vous avez fait autre chose: vous avez [...] fait des groupes d'enfants de 0 à 6 ans, c'est-à-dire l'âge de la maternelle, puis des groupes de 0 à 19 ans - en fait tous les enfants et les adolescents - puis les adultes. Et vous pouvez voir que dans le groupe d'âge le plus jeune, un peu moins d'un tiers a une concentration élevée de virus, que vous avez prise comme seuil. Les deux tiers ont une concentration virale plus faible dans la gorge. Comment cela cadre-t-il avec votre déclaration? 


Drosten: Ceci est une autre évaluation que nous avons faite à la fin. Là, nous avons réuni à nouveau toutes les données, ce qui signifie qu’il y a de nouveau cet effet que les échantillons n'ont pas été prélevés comme il faudrait le faire si l'on voulait analyser correctement la population. C'est là que la variable de perturbation discutée plus tôt entre en jeu. Mais nous l'avons délibérément traité, car il y a certainement le même phénomène chez les adultes. Nous n'avons délibérément pas fait d'analyse statistique ici. Nous avons fait ici une évaluation complètement différente, à savoir en isolant le virus en culture cellulaire. [Nous connaissons la concentration nécessaire pour être infectieuse] mais cela ne signifie pas que vous êtes vraiment infecté dans la vie réelle, c'est un test de laboratoire pour l'infectiosité. […] Nous avons mis cela en place et compté combien de patients chez les enfants et les adultes étaient au-dessus de cette concentration critique. Et c'est là que chez les enfants c’était environ 29%, ou 30%. Et environ 50% chez les adultes. Mais nous disons aussi délibérément que pour cette analyse, nous avons mélangé les données des deux machines. [...] Dans ces conditions, nous disons dans la discussion des résultats: Sans vouloir évaluer statistiquement, on peut dire qu'au moins 30%, voire plus chez l'adulte, ont une concentration en virus qui serait considérée comme infectieuse dans un test de laboratoire. 

Hennig: On ne peut donc pas en déduire que la charge virale augmente avec l'âge - parce que dans cette vue d'ensemble, vous ne [considérez plus] les groupes d'âge? 

Drosten: Nous avons également analysé cela séparément. Nous l'avons fait avec une régression, comme l'ont suggéré de nombreux statisticiens […] et en principe, cela revient à ce que nous pensions déjà: dans la [première] machine, la ligne de régression est complètement plate, en d'autres termes, il n’y a pas de différence entre les jeunes et les vieux.[...] Et avec l'autre machine, cette ligne de régression augmente légèrement avec l’âge. [...]Mais là, les enfants en bonne santé mais infectés sont sous-représentés.[...] Sur la deuxième machine, où cette ligne de régression augmente un peu chez les adultes, nous avons une combinaison de cas hospitaliers, mais aussi le fait que cette machine était celle qui a testé en masse les cas aigus, donc nous obtenons des charges virales élevées chez les adultes. 

Hennig: Avec cette modification, vous avez également un peu changé la formulation de la conclusion. « La présente étude fournit peu de preuves que les enfants ne peuvent pas être aussi contagieux que les adultes ». Une double négation. Avant, c’était « les enfants pourraient être aussi contagieux que les adultes ». Où est la différence? 

Drosten: Il n'y a aucune différence. L'interprétation de l'étude est inchangée: il n'y a pas de différence entre les enfants et les adultes. [...] La façon dont nous l'avons exprimé dans la première étude était davantage une vue virologique. À l'époque, fin avril, lorsqu’il y avait encore un lockdown, il était difficile de dire: vous pouvez ouvrir sans aucune restriction l'école. C'était notre interprétation de ce que Mai Thi Nguyen-Kim a très bien exprimé: Le "What?" et le « so what ?»(*). Le "What ?", que nous avons exprimé, était une question virologique: Pas de grandes différences détectables dans nos statistiques. Et puis le "so what?", L'interprétation: En cet instant, fin avril, nous ne pouvons pas recommander la réouverture des écoles sans restrictions. Donc une recommandation. Ce "so what?" fait partie du travail scientifique, ce n'est pas un conseil politique. Le conseil politique est quelque chose de complètement différent, qui ne se fait jamais par le biais d'individus, mais toujours avec un consensus scientifique au sein d'un comité dans lequel siègent plusieurs scientifiques, qui non seulement intègrent leurs propres travaux, mais fournissent également une revue de la littérature. Cela va bien au-delà du "so what ?". 

Hennig: Donc, la distinction entre le résultat et "que faisons-nous de ce résultat"? "So what?" - qu'est-ce que cela signifie pour notre quotidien? 

Drosten: Exactement. C'est également ce qui a été mal compris par certains journaux dans le débat médiatique actuel, en particulier au cours de la semaine dernière ou au cours des dix derniers jours, [où] il a même été dit que le gouvernement avait utilisé cette étude pour prendre ses décisions. C'est une pure absurdité. Ce n'est certainement pas le cas. Cela ne fonctionne tout simplement pas de cette façon. […] L’ancien "so what?" était: Dans la situation actuelle, il faut faire attention avec une réouverture complète des écoles. Le nouveau "so what?" est maintenant une situation un peu plus complexe: Jetons un coup d'œil sur la charge virale et réfléchissons à ce qui doit réellement arriver pour être infecté. Il ne doit pas seulement y avoir un virus dans la gorge, [mais il faut] aussi qu'il y ait une certaine quantité de virus. La question est alors: quelle quantité de virus est alors excrétée? Les enfants ne sont pas symptomatiques et ne toussent pas du tout. Ils ont également des volumes pulmonaires plus petits et donnent donc moins de respiration. Cela pourrait signifier que moins de virus est excrété avec la même charge virale. Mais d’un autre côté, les enfants sont connus pour avoir plus de contacts. Ils n'adhèrent pas aux règles de distanciation, etc. L'ensemble du comportement des enfants suggère qu'ils excrètent davantage. En fin de compte, il existe de nombreux facteurs qui peuvent être additionnés. Peut-être que regarder les enfants contre les adultes vous aidera si vous avez un modèle. Parce que pour le SRAS-2, l'observation est si incomplète, car les études sur la question de l’infectiosité des enfants ont toutes eu lieu après les fermetures d’écoles. Et parce que ces études n'ont pas pu être effectuées, nous avons fait valoir une autre considération: Nous avons clairement indiqué aux lecteurs que la charge virale et que Le profil d'excrétion virale des virus grippaux est en fait très similaire à celui du virus SARS-2. Avec le virus SARS-1 à l'époque, vous n'auriez pas pu dire cela. Et on n'aurait pas pu dire cela il y a deux mois pour le virus SARS-2. Mais maintenant, les données sont lentement disponibles. Nous en avons discuté plusieurs fois dans le podcast. Ce sont des études d'excrétion de profils de charge virale, mais aussi ces très bonnes études de modélisation de transfert par Gabriel Leung. […] 

Hennig: J'essaie de résumer votre "so what?" Nous devons surveiller de très près l'ouverture des écoles. 

Drosten: Exactement. Une recommandation pour un suivi attentif de la situation. Cela doit se faire avec les tests PCR. Nous en avons déjà discuté. 

La fermeture des écoles dans les modèles

Hennig: Certains ont déjà ouverts les écoles sans restrictions, par exemple dans le Schleswig-Holstein. Ensuite, il y a une autre manière d’analyser les choses, comme ce que font les modélisateurs. Il y a par exemple un groupe de recherche de Göttingen dirigé par Viola Priesemann qui a créé un modèle. 

Drosten: [...] il y a maintenant tellement de données disponibles que les modélisateurs épidémiologiques peuvent maintenant les utiliser. Il y a deux études dont nous devrions discuter. L'une est l'étude de Viola Priesemann, un beau papier, déjà publié dans "Science". C'est intéressant pour nous car il concerne l'Allemagne. Viola Priesemann a utilisé un modèle commun pour cette transmission, le modèle paramétré normal, qui calcule également la valeur R0, ou la valeur RT – afin de mesurer laquelle des mesures prises a affecté la dynamique de l'infection en Allemagne. Elle a calculé les résultats de cette dynamique d'infection, finalement la valeur R à un instant donné, en fonction de ses sous-paramètres. Le taux d'étalement est l'un des sous-paramètres de ces modèles. Elle a dérivé ce taux de propagation. Vous pouvez voir trois étapes dans le changement de la dynamique de transmission et du taux de propagation. Ils coïncident avec trois événements survenus en Allemagne: d'une part, l'interdiction des grands rassemblements le 7 mars, d'autre part, la fin des cours la semaine du 16 mars et la limitation générale des contacts à partir de la semaine du 22 mars. Beaucoup se souviendront que c'est dans cet ordre que les mesures ont été prises au sein de la population. [...]. La fin des rassemblements a entraîné une réduction du taux de propagation d'une valeur de 0,43 à une valeur de 0,25. Puis vint la fermeture des écoles; la valeur a été réduite de 0,25 à 0,15, ce qui est une autre réduction significative. Et puis la limitation générale des contacts de 0,15 à 0,09. Telle est l’efficacité progressive, mais cela s'additionne. Vous pouvez toujours calculer si vous voulez le savoir, en divisant 0,15 par 0,25 – Viola lèverait certainement les bras au ciel ! (il rit) - on arrive à une valeur de 0,6 donc une réduction de 40%. C’est presque drôle de voir comment nous traitons les chiffres ici. 

Nous avons une autre étude qui est également intéressante et qui utilise une méthodologie légèrement différente avec un modèle hiérarchique. Vous pouvez examiner différents facteurs séparément. Il s'agit d'une étude en preprint, mais c'est une étude très approfondie et je pense qu’elle sera très bien reçue. Il s'agit d'une étude réalisée par un groupe à Oxford, entre autres. C'est sorti le 2 juin. Il y a neuf mesures non pharmaceutiques [qui] ont été examinées ici pour leur efficacité. Ici, la mesure était la réduction de R, c'est-à-dire la réduction du taux de contamination. Il y a eu une compilation d’un ensemble de données sélectionnés [issues de] 41 pays - 34 pays européens avec de très bons systèmes de déclaration ainsi que 7 autres pays. [On estime chaque mesure séparément] Et pour faire court, sans entrer dans les détails maintenant: le plus grand effet de tous est la fermeture des écoles - une réduction de 50% du R. Ceci est si important que la réouverture des écoles doit être prise très au sérieux. Juste pour préciser, les magasins et le travail de bureau entraînent des réductions de 34% ou 26%. Puis les réunions, selon la taille ; les réunions de moins de dix, moins de cent ou mille personnes. Ce sont des efficacités 28, 17 et 16 %. Encore une fois, s'il vous plaît, ne prenez pas cela au pied de la lettre, ne dites pas « Drosten a dit qu’on ne gagne qu’1 % en faisant ceci ou cela ». Il s'agit d'une étude que je résume ici. Ce n'est pas non plus mon étude. Par conséquent, "Drosten a dit" est de toute façon la mauvaise citation. 

Korinna Hennig: "Drosten a interprété", alors. 

Drosten: Oui, remarquez, je deviens de plus en plus prudent. 
Et la mesure générale de rester à la maison 14 %. Cependant, il est important de dire que si tout le monde reste à la maison, le virus se répandra davantage dans les familles. C'est clair. À long terme, c'est autre chose, c'est beaucoup plus efficace. Mais c’est un chiffre qui concerne la période évaluée. Et pendant la période, la fin des cours a contribué à 50% de la réduction dans ces 41 pays, dans ce modèle. Cela ne signifie pas que c'est la vérité, mais c'est l'une des images scientifiques de la vérité. 

Hennig: On avait des connaissances à partir de la grippe espagnole que cela peut apporter beaucoup. 

Drosten: Oui, il faut des modèles de pensée. Avec la grippe espagnole, nous savons que compte tenu du nombre d'enfants, la fermeture des écoles a été très efficace pour réduire la vague épidémique. Et nous avons d'autres données, avec la grippe: c'est exactement la même chose que dans notre étude à propos du SRAS-2: les enfants ont une charge virale similaire à celle des adultes. Cependant, dans les études sur les contaminations intra-familiales avec la grippe, les enfants sont 2,88 fois plus contagieux que les adultes. Cela peut décrire leur comportement. À cette époque, avec la grippe espagnole, c'était la considération initiale qui a conduit au fait que les écoles étaient considérées comme très importantes. 

Gérer la réouverture des écoles

Hennig: Lorsque nous parlons maintenant des ouvertures d'école, il faut également dire que nous partons d'un point de départ différent en ce qui concerne le nombre d'infections. Les conditions de départ sont meilleures par rapport à la situation de mars. 

Drosten: Exactement, c'est une situation différente maintenant. […] Il faut aller vers une réouverture pour des raisons sociales, mais il faut y travailler. Vous devez vraiment vous préparer et réfléchir à ce que vous pouvez faire. Nous sommes peut-être dans une bonne situation maintenant. À l'époque, comme je l'ai dit, ces études de modélisation faisaient le calcul: comment la scolarisation a-t-elle ralenti une vague épidémique? Nous sommes maintenant dans une situation à faible incidence. [...] Comment pouvons-nous découvrir le plus tôt possible que le virus a été introduit dans une école et commence à se propager, et comment stopper cela? [...] comment ouvrir les écoles pour ne pas avoir à les refermer immédiatement? Nous avons déjà discuté de ça: les enseignants, en tant qu’adultes, n’ont pas besoin du consentement des parents, etc. Ils peuvent décider pour eux-mêmes. Ils sont bien informés et adhèrent aux mesures. On pourrait dire qu'en plus de l'exigence selon laquelle un enseignant symptomatique doit être testé immédiatement, tous les enseignants asymptomatiques peuvent également être testés une fois par semaine. Nous savons maintenant que les échantillons de salive peuvent être testés dans la phase initiale. Nous savons que nous pouvons faire du pooling. Et nous savons également [qu’en stoppant dans la phase] précoce un événements de super-propagation qui peut se produire dans les écoles est très efficace pour arrêter une diffusion globale. Ainsi, par exemple, nous pouvons uniquement fermer les classes dans lesquelles un enseignant est intervenu.[...] À Göttingen, toutes les écoles ont été fermées. Il s'agit d'une situation différente de celle à laquelle nous devons aboutir, par la discussion avec les représentants des personnels, des parents et des scientifiques. Je pense que cette discussion doit avoir lieu – [afin de trouver une solution pour] l'automne. 

Leçon tirée de l'affaire médiatique

Hennig: M. Drosten, pour conclure une courte question, pour revenir à votre étude sur la charge virale et sur le débat qui s’en est suivi: referiez-vous la même chose? 

Drosten: Je ne pense pas, mai pas à cause de la science. A cette époque, je n'avais d’œil que pour la science. En fait, j'ai fait quelque chose que d'autres groupes de travail font, j'ai simplement mis un preprint sur ma page d'accueil avant de la soumettre. La valeur du preprint est exactement la même, [seulement] vous n'obtenez pas de numéro COI. Cela signifie qu'un preprint sur le serveur de préimpression est cotable scientifiquement, un preprint sur une page d'accueil est plutôt difficile à citer. Mais j'étais bien conscient de cela et je pensais que ça irait, j'ai toujours dit que c'était une étude rapide. Et je ne voulais pas non plus lui donner cette touche officielle. [...] le discours scientifique qui a commencé sur les réseaux sociaux, [...] ainsi que dans le cadre d'un processus fermé. C'était sur les réseaux sociaux et pour moi c'était une expérience [...]. Mais je ne m'attendais pas à cette couverture médiatique. Je dis délibérément «les médias» ici, même si c'est en fait injuste, car il y a eu de nombreux journaux qui ont très bien parlé de ça [...], en particulier les grands quotidiens qui ont des journalistes scientifiques [...] Mais il existe d'autres médias qui ont, à mon avis, délibérément réduit les messages de sorte que cela ressemblait à une étude totalement erronée, ce qui n'est pas vrai. […] S'il y avait eu une quelconque indication comme quoi l'étude était erronée, je l'aurais immédiatement retirée de notre page d'accueil et déclaré publiquement que je la retirais. Mais il n'y a jamais eu aucune raison de le faire. Les scientifiques qui l'ont critiquée l'ont dit eux-mêmes. Cela a été rapporté de manière fausse, dans des gros titres, ce qui est dangereux, dangereux pour la société dans son ensemble, non seulement pour la confiance en la science, mais bien au-delà, une grande incertitude et un grand préjudice sont ainsi causés. Le tout a aussi été personnifié; ce n'est pas seulement l’étude qui était visée, mais clairement moi en tant que personne. Je ne m'attendais pas à tout cela. Pour être honnête, je ne peux pas expliquer pourquoi cela s'est produit, pour quelle raison. 

Hennig: Nous avons également remarqué les effets ici dans le podcast. Nous avons toujours dû reporter des sujets d'actualité que nous avions prévus, des études dont nous voulions discuter. Espérons que nous pourrons revenir maintenant à un cours normal la semaine prochaine.

(*) En référence à cette vidéo de la journaliste scientifique


jeudi 4 juin 2020

Les études citées par Christian Drosten

Lien vers les études (régulièrement mis à jour)



Dernière mise à jour: 6 juillet 2020

Transmission


The role of children in the spread of COVID-19: Using household data from Bnei Brak, Israel, to estimate the relative susceptibility and infectivity of children 

Viral RNA Load in Mildly Symptomatic and Asymptomatic Children with COVID-19, Seoul

Spread of SARS-CoV-2 in the Icelandic Population

Suppression of COVID-19 outbreak in the municipality of Vo, Italy

Gangelt/Heinsberg: Infection fatality rate of SARS-CoV-2 infection in a german community with a super-spreading event

COVID-19 Antibody Seroprevalence in Santa Clara County, California

Epidemiology and Transmission of COVID-19 in Shenzhen China

Cluster of COVID-19 in northern France: A retrospective closed cohort study

Use of all cause mortality to quantify the consequences of covid-19 in Nembro, Lombardy: descriptive study

Etude de Hong Kong: Temporal dynamics in viral shedding and transmissibility of COVID-19

Investigation of a COVID-19 outbreak in Germany

Nature: "Virological assessment of hospitalized"

Household Secondary Attack Rate of COVID-19 and Associated Determinants


The characteristics of household transmission of COVID-19

 
Repeated seroprevalence of anti-SARS-CoV-2 IgG antibodies in a population-based sample from Geneva, Switzerland

 
Förekomsten av covid-19 i region Stockholm, 26 mars–3 april 2020

 
Aerodynamic analysis of SARS-CoV-2 in two Wuhan hospitals


observations néerlandaises

Changes in contact patterns shape the dynamics of the COVID-19 outbreak in China


Shedding of infectious SARS-CoV-2 in symptomatic neonates, children and adolescents

 
An analysis of SARS-CoV-2 viral load by patient age


Impact of contact tracing on SARS-CoV-2 transmission


Aerodynamic analysis of SARS-CoV-2 in two Wuhan hospitals



SARS-CoV-2 Reverse Genetics Reveals a Variable Infection Gradient in the Respiratory Tract




Shared SARS-CoV-2 diversity suggests localised transmission of minority variants

The ABO blood group locus and a chromosome 3 gene cluster associate with SARS-CoV-2 respiratory failure in an Italian-Spanish genome-wide association analysis 

Systemic and mucosal antibody secretion specific to SARS-CoV-2 during mild versus severe COVID-19

 

Aérosols, intérêt des masques portés par la population
 

Physical distancing, face masks, and eye protection to prevent person-to-person transmission of SARS-CoV-2 and COVID-19: a systematic review and meta-analysis


Respiratory virus shedding in exhaled breath and efficacy of face masks


Aerosol and Surface Stability of SARS-CoV-2 as Compared with SARS-CoV-1


Face masks substantially reduce COVID-19 cases in Germany



Superspreading

 
Why do some COVID-19 patients infect many others, whereas most don’t spread the virus at all?

 
Stochasticity and heterogeneity in the transmission dynamics of SARS-CoV-2

 
Superspreading and the effect of individual variation on disease emergence


Clustering and superspreading potential of severe acute respiratory syndrome coronavirus-2 (SARS-CoV-2) infections in Hong Kong

 
Pattern of early human-to-human transmission of Wuhan 2019 novel coronavirus (2019-nCoV), December 2019 to January 2020


Estimating the overdispersion in COVID-19 transmission using outbreak sizes outside China


Tests

 
Sensitivity of nasopharyngeal swabs and saliva for the detection of severe acute respiratory syndrome coronavirus 2 (SARS-CoV-2)

 
Saliva Sample as a Non-Invasive Specimen for the Diagnosis of Coronavirus Disease-2019 (COVID-19): a Cross-Sectional Study

 
Saliva is more sensitive for SARS-CoV-2 detection in COVID-19 patients than nasopharyngeal swabs

 

Development and potential usefulness of the COVID-19 Ag Respi-Strip® diagnostic assay in a pandemic context

 

Modélisation




Global, regional, and national estimates of the population at increased risk of severe COVID-19 due to underlying health conditions in 2020: a modelling study

Projections Suggest Potential Late May COVID-19 Rebound

Estimating the burden of SARS-CoV-2 in France


Effet des différentes mesures

Inferring change points in the spread of COVID-19 reveals the effectiveness of interventions 

The effectiveness and perceived burden of nonpharmaceutical interventions against COVID-19 transmission: a modelling study with 41 countries

Estimating the effects of non-pharmaceutical interventions on COVID-19 in Europe 

The effect of large-scale anti-contagion policies on the COVID-19 pandemic 


Rôle des appli mobiles


Quantifying SARS-CoV-2 transmission suggests epidemic control with digital contact tracing

 
Harnessing wearable device data to improve state-level real-time surveillance of influenza-like illness in the USA: a population-based study

Traitements



Remdesivir for the Treatment of Covid-19 — Preliminary Report


Vaccin testé sur des singes rhésus: Rapid development of an inactivated vaccine for SARS-CoV-2

Autre

 
Presence of SARS-Coronavirus-2 RNA in Sewage and Correlation with ReportedCOVID-19 Prevalence in the Early Stage of the Epidemic in The Netherlands

medRxiv: Coincidence of COVID-19 epidemic and olfactory dysfunction outbreak

Analysis of SARS-CoV-2-controlled autophagy reveals spermidine, MK-2206, and niclosamide as putative antiviral therapeutics

 
Spike mutation pipeline reveals the emergence of a more transmissible form of SARS-CoV-2 


Multiorgan and Renal Tropism of SARS-CoV-2


An outbreak of severe Kawasaki-like disease at the Italian epicentre of the SARS-CoV-2 epidemic: an observational cohort study

 
Presence of SARS-CoV-2 reactive T cells in COVID-19 patients and healthy donors

mercredi 3 juin 2020

Clusters, symptômes, se protéger, RKI, pistes thérapeutiques. Podcast #45 du 2 juin 2020

Korinna Hennig: à Göttingen, les autorités se plaignent du fait que tous les cas contacts ne se soient pas présentés au test. Les mesures ayant bien fonctionné, les gens perdent de vue que c’est parce que les mesures ont bien fonctionné que nous sommes dans une bonne situation. C’est ce qu’on appelle le paradoxe de la prévention.

Christian Drosten: Oui, exactement, c'est ce qu’on voit en ce moment. Après l'assouplissement des mesures, on s’attend intuitivement à une augmentation du nombre de cas. Nous avons discuté dans les derniers épisodes pourquoi cela ne se produit pas si rapidement. L'une des explications est la faible incidence, et c'est une bonne chose qu’il en soit ainsi. Ensuite, c'est aussi un apprentissage de l'ensemble de la population, le port de masque devient de plus en plus populaire. Il y a une prise de conscience que cette maladie se propage dans de grands rassemblements, en particulier à l'intérieur, en raison de la composante aérosole. Tout ça, ce sont les nouvelles données. Il n'y a pratiquement pas de grands rassemblements à cause des mesures politiques, mais aussi parce que la population a beaucoup appris. Toute la discussion sur l’ouverture des écoles doit également être comprise dans ce contexte - une école n'est qu'un rassemblement de personnes. Mais c'est socialement important. On ne peut pas dire: Eh bien, gardons les écoles fermées, mais demandons-nous: comment pouvons-nous gérer cela?


Comment empêcher les clusters ? 


Hennig: La dernière fois, nous avons brièvement parlé de la fonction de sentinelle, à propos des tests. Où les épidémies peuvent-elles se propager, par exemple dans des endroits sensibles comme les hôpitaux, mais aussi les maisons de retraite. À votre avis, cela a-t-il été suffisamment fait ?

Drosten: La gestion est à nouveau différente selon les Länder, voire localement. J'ai le sentiment qu'il y a beaucoup de travail en cours pour reformuler les recommandations. Mais il faut être clair: comment empêcher les clusters, comment empêcher le super-spreading? On peut l’empêcher en isolant immédiatement tout le cluster dès que quelqu'un du cluster a été testé positif. Cela est déjà spécifié dans les recommandations du RKI et c’est ce que font les autorités sanitaires: si une personne est reconnue positive, on vérifie ses cas contact et on décide qui doit être mis en quarantaine immédiatement. Cela inclut également les éventuels membres d'un cluster. 


Hennig: Est-ce toujours compréhensible? Pour Göttingen, par exemple, on parle de plusieurs fêtes de famille, qui se sont ensuite poursuivies dans d'autres clusters. Nous avons également eu l'exemple de la répétition d’une chorale aux États-Unis et d'un événement similaire à Berlin, où il faut d'abord regarder à quelle répétition les gens se sont contaminés ? 

Drosten: Oui, ce sont des situations différentes que vous décrivez. Par exemple, cette situation avec plusieurs fêtes de famille, c'est vraiment un travail de détective pour les autorités sanitaires. C'est relativement difficile. Cependant, ce n'est pas vraiment un exemple de "stopper un super-spreading event". Ce serait plus le cas de la répétition de chant - une situation typique que vous devez arrêter immédiatement et que vous devez reconnaître par un diagnostic fin. Ces diagnostics doivent être faits de manière proactive dans des situations particulières, comme dans le secteur des soins ou dans l'éducation, c'est-à-dire dans les écoles et les crèches. La nouveauté n'est pas de mettre en quarantaine les clusters, mais elle est dans les mesures de diagnostic intelligentes, c'est-à-dire de trouver les cas qui indiquent un tel cluster. Ce sont souvent des membres symptomatiques du cluster. Vous trouverez difficilement l'asymptomatique, à moins de tester tous les asymptomatiques, mais ce n’est pas prévu pour le moment, c'est très complexe d’un point de vue logistique; non seulement les coûts sont un problème, mais aussi la logistique. Mais les symptômes nous donnent une bonne ligne directrice pour les diagnostics. Ceci, bien sûr, est également inclus dans les directives RKI. À ce stade, il n'est pas nécessaire de réajuster. Mais il est important que nous comprenions tous: si je ressens des symptômes, je dois le signaler immédiatement. Et si je ressens des symptômes et que je sais aussi que j’ai été dans une situation de cluster les deux derniers jours environ - alors je dois le signaler. 

Les symptômes

Hennig: à propos des symptômes: au début de l'année, nous parlions toujours de toux et de fièvre. Plus récemment, cependant, il a également été fait état de nez qui coule - le RKI a publié, par exemple, qu'un cinquième des cas d'infection confirmés parlent de nez qui coule. Et on parle aussi de diarrhée chez les enfants. Est-ce qu’on connaît suffisamment ces symptômes? Si je n'ai qu'un rhume, est-ce que je devrais faire attention? 


Drosten: Oui, les lignes directrices ont également été ajustées. Il est vrai qu'au début de l'épidémie, le SRAS nous a servi de modèle pour l’établissement des symptômes et on a dit qu’il fallait qu’il y ait une atteinte des voies respiratoires profondes. Par exemple, des signes de pneumonie, d'essoufflement, de fièvre. Au fil du temps, il est apparu que des symptômes plus bénins sont également possibles.[...]

Comment se protéger ?


Hennig: Il y a maintenant une étude dans la revue "The Lancet" effectuées par un groupe, principalement du Canada: Une méta-analyse qui a évalué diverses sources de données afin de mesurer l'effet des mesures: distanciation, protection de la bouche et du nez et protection oculaire. Au total 170 études provenant de 16 pays. Est-il toujours pertinent de garder ses distances lorsque le nombre de nouvelles infections est relativement faible? Les grands-parents peuvent-ils à nouveau prendre leurs petits-enfants sur les genoux ?

Drosten: C'est vraiment difficile à dire. Je pense que vous devez faire appel à votre bon sens: il y a simplement des risques résiduels dans la vie. Mais la question de savoir si la règle générale de la distanciation doit être prise au sérieux se situe à un niveau différent. Bien sûr que cette exigence doit toujours être prise au sérieux là où elle peut être mise en œuvre. Même à l'extérieur, bien sûr, vous devez le faire, vous devez le prendre au sérieux. Parfois, il y a des situations où cela n'est pas possible. Il y a actuellement un grand débat à propos de l'école, où en réalité ce n'est pas possible. Nous savons tous comment les enfants se comportent. Ensuite, bien sûr, il y a certaines situations quotidiennes où nous avons tendance à oublier cela. Il y a de nouveau eu des fêtes ce week-end, où bien sûr, presque personne n'a respecté les règles de distanciation. Il faut être conscient que nous ne voyons les infections qu’avec un temps de latence; non seulement il faut un certain temps à une personne pour ressentir des symptômes, mais aussi pour se faire dépister. Ensuite, le résultat du laboratoire doit être communiqué [et apparaître] dans les statistiques. Cela ne peut pas être accéléré si facilement. L'incidence dans la population peut soudainement se révéler complètement différente, car il peut y avoir des retards dans la déclaration à de nombreux endroits en même temps. 


Les rapports du RKI 
(qui sont traduits en anglais)
 
Hennig: C’est une bonne transition pour parler du rapport de l'Institut Robert Koch (RKI), que nous pouvons examiner de plus près aujourd'hui. Le RKI s'efforce désormais de prendre en compte ce décalage entre l'infection, le début de la maladie et l'enregistrement par les autorités. L'un des mots-clés utilisés dans le rapport est appelé "nowcasting". C'est-à-dire que le taux de reproduction R est corrigé. Comment devons-nous comprendre cela exactement?

Drosten: C'est vrai que cette correction est nécessaire pour déterminer de manière fiable le nombre R, surtout maintenant que nous avons très peu de cas dans la population. Toutes ces statistiques du RKI ne sont jamais parfaites car il y a des erreurs et des omissions dans le système de déclaration. […] D'autre part, il existe également des cas asymptomatiques, sans maladie. Le début de la maladie est estimé - ou imputé – à partir de formules. [...]


Hennig: Des estimations à partir de valeurs empiriques. Drosten: Exactement. Et puis il y a une prévision immédiate (« nowcast »). C’est la mesure de ce que vous appréciez, de ce qui sera soumis plus tard, mais n'a pas encore été notifié, car il y a constamment des retards dans le système de notification. Et ces deux choses sont nécessaires pour dire combien de cas il y a actuellement dans [un court laps de temps et combien de cas il y avait dans un temps équivalent précédent]. Je crois qu’il s’agit de quatre jours. [C’est comme ça que R est calculé].

Hennig: Les derniers rapports du RKI, qui sont quotidiens, montrent que le groupe qui compte le plus de personnes infectées sont les 20 à 49 ans. Une proportion plus faible est constituée d'enfants de moins de 10 ans - hier, par exemple, c'était 2%. Et puis nous savons que des taux d'infection particulièrement élevés peuvent être observés dans la tranche d'âge «90 ans et plus». C'est le problème des maisons de retraite dont nous avons parlé à plusieurs reprises. Si vous regardez les derniers rapports, y a-t-il des sujets qui vous préoccupent particulièrement? 


Drosten: Oui. Nous avons ces statistiques d'incidence, c'est-à-dire les cas rapportés à 100.000 habitants en Allemagne par groupe d'âge et par sexe. Ce serait, par exemple, la figure 6 du rapport du 1er juin. Vous pouvez voir comment le tout se distribue, et aussi dans le temps. Si on le regarde tous les jours, vous remarquez que quelque chose bouge. Au début, nous avions un pic d'incidence dans la population adulte, les 30 - 60 ans. Puis, elle est soudainement devenue plus importante parmi les groupes plus âgés. Mais ce que nous constatons plus récemment, c'est une augmentation parmi les 20 à 29 ans et les 10 à 19 ans. Et si vous regardez de près: même de 0 à 9 ans. Jetez un œil au rapport du 26 mai. Le RKI ne publie pas tous les jours les mêmes informations car certaines statistiques ne changent pas tellement. Mais de temps en temps, il y a un graphique par âges et c'est très intéressant. Ce qu’on voit ici est, par exemple, de la semaine 12 à 21: si vous regardez les cohortes des enfants, c'est-à-dire de 0 à 9 ans et de 10 à 19 ans, elles doublent presque durant ce temps. Les plus jeunes participent pleinement à ce doublement […]. C'est remarquable car les écoles étaient fermées. [...] C'est quelque chose que nous devons prendre en compte lors de l'ouverture des écoles. Nous les ouvrons maintenant avec une faible incidence dans la population, mais avec une situation différente chez les enfants. Vous devez garder toutes ces choses à l'esprit.[…] 

Hennig: Cela signifie donc: Semaine 12 - c'est-à-dire après la fin mars - le nombre a déjà augmenté chez les enfants. 

Drosten: Exactement, ce ne sont que des phénomènes de diffusion, qui se produisent dans les familles. Ils sont donc contaminés sans que les enfants aillent à l'école. Mais il est vrai que ces phénomènes de diffusion sont déjà visibles. Je tiens à dire ce que beaucoup ne savent pas: ces rapports de l'Institut Robert Koch sont destinés à un public spécialisé, aux médecins par exemple, mais aussi aux autorités sanitaires etc. Il s'agit certainement du niveau d'information le plus solide que nous ayons en Allemagne. Cependant, il n'est pas destiné à fournir une information à la population générale, ce n'est pas le travail de l'Institut Robert Koch. Il existe d'autres structures pour cela[…].

Il existe actuellement beaucoup d’informations indiquant que le R a beaucoup augmenté. C'est vrai et vous devez l’observer, cependant, une légère augmentation de la valeur R dans une situation avec une faible incidence dans la population n'est pas aussi inquiétante qu'à une époque où l'incidence est élevée. En aucun cas, la valeur R ne doit alors augmenter. Pour le moment, cependant, nous devons moins regarder la valeur R que l'incidence. 


Hennig: Donc, le nombre de nouvelles infections. 

Drosten: oui, le nombre de personnes nouvellement infectées. […] 

Rassemblements à l’extérieur 

Hennig: Monsieur Drosten, je voudrais également jeter un œil sur d'autres pays.[...] En France, par exemple, les rassemblements de personnes dans les festivals seront bientôt autorisés, mais en plein air. [De votre point de vue de virologue] est-ce un sujet de préoccupation? Cela peut-il bien se passer?

Drosten: Une grande foule de gens me causerait du souci même à l'extérieur, même si le risque d'infection y est certainement beaucoup plus faible que s'il devait avoir lieu dans une salle. Malheureusement, je ne peux pas en dire plus à ce sujet pour le moment, je pense que les observations devraient être faites maintenant. Et qui sait si nous n’aurons pas non plus des surprises - qu'il n'y aura peut-être pas beaucoup d'infections même si nous nous réunissons à l'extérieur. C'est concevable. Mais c'est toujours comme ça: quand beaucoup de gens se réunissent au même endroit, ils sont en fait plus proches les uns des autres, et avec la transmission par les gouttelettes, nous perdons l’avantage d'être à l'extérieur. Et bien sûr, il y aura aussi des cas. Mais la question est combien? Cela produira-t-il vraiment des clusters, des superspreading events ?


Masques et détection des clusters 

Hennig: Nous avons récemment parlé de la méthode japonaise et du fait que la détection ciblée de tels clusters peut changer la donne. Mais nous avons également quelques autres pays, où tout s'est très bien passé. La Grèce par exemple ou le Portugal. Savez-vous ce qui s'est mieux passé là-bas? Qu'ont-ils fait différemment? […] 

Drosten: Je pense qu'ils ont pris des mesures assez tôt. Ils ont rapidement eu des informations sur ce que faisaient les autres pays. Je pense qu'il est plus important de réexaminer l'exemple du Japon, et cette impression que le simple fait de prêter attention aux clusters constitue la solution, c'est peut-être trop simplifié. Les Japonais ont fait plus qu’observer les clusters. Au Japon, comme dans de nombreux autres pays asiatiques, il est beaucoup plus courant de porter un masque, même avant le SRAS-2. Beaucoup de gens ont des masques. Il est normal de porter des masques, d'acheter des masques, cela n'est pas remis en question. Cette mesure, qui existe dans la population générale, combinée à une mesure qui concerne la population qui est particulièrement concernée par la formation de superspreading events - c'est en fait exactement ce qui est décrit dans cet article "Nature" de Jamie Lloyd-Smith, dont nous avons parlé la dernière fois, qui a en fait été modélisé comme particulièrement efficace. En d'autres termes, une mesure efficace à seulement 30%, mais [où la moitié de cette efficacité se dirige vers la population responsable des clusters]. Il s'agit d'une approximation quantitative[...]. 

Hennig: Mais nous ne connaissons pas le nombre de contaminés au Japon. On a toujours dit qu'ils n'avaient pas testé en masse. 

Drosten: C'est tout à fait exact. Les tests ne sont pas si nombreux au Japon. Au Japon, les gens se sont beaucoup fié aux diagnostics pour détecter les clusters à un stade précoce et ont accordé moins d'attention à la propagation du virus dans la population générale.  

Pas encore d’immunité collective 

Hennig: Si nous examinons l’ensemble des pays, alors on peut dire qu’on est encore loin de l'immunité collective. [Que ce soit à New York ou en Suède] 

Drosten: Oui, je ne connais pas les données les plus récentes pour la Suède. Mais l'impression de base lorsque vous effectuez des tests d'anticorps est que vous vous trouvez à moins de 10 % dans les populations européennes. Bien sûr, vous avez de très fortes variations locales - donc là où il y a eu des épidémies plus graves, vous avez des données plus élevées. Mais dans l'ensemble, ce n'est pas tant que ça. Nous devons également faire beaucoup d'efforts pour comprendre dans quelle mesure l'immunité doit aider à contrôler la deuxième vague et dans quelle mesure la dispersion peut aider. En d'autres termes: le contrôle ciblé des clusters, car ce sont deux effets qui se renforcent mutuellement. 

BCG, Remdesivir, chloroquine, «human challenge trials»
 
Hennig: Beaucoup de nos auditeurs posent également des questions sur l'état actuel de la recherche de médicaments ou de vaccins. La vaccination contre la tuberculose, de vaccination BCG, de Bacillus Calmette-Guérin, qui ne se fait plus en Allemagne depuis longtemps. Mais il y a eu des observations dans d'autres pays avant même la crise sanitaire actuelle que cette vaccination pourrait éventuellement réduire la mortalité infantile car elle pourrait activer de manière non spécifique le système immunitaire, pour le dire simplement. Aujourd’hui, une variante génétiquement modifiée est à l'étude en Allemagne. Serait-ce un moyen non pas de prévenir l'infection, mais d'atténuer une progression grave de la maladie jusqu'à ce qu'un vaccin soit disponible? Ou pensez-vous que ces espoirs sont exagérés? 


Drosten: Je n'en ai pas la moindre idée. La vaccination BCG est très répandue dans le monde. Pour expliquer brièvement: c'est une vaccination contre la tuberculose, utilisée dans de nombreux pays. Et on a vu très tôt lorsque l'épidémie SRAS-2 est arrivée [qu’il y avait] moins de cas, des cas moins graves, ce qui semblait être lié à vaccination BCG. Cependant, il est vite devenu évident que bon nombre de ces corrélations statistiques étaient en fait des facteurs de confusion, ce n'était donc qu'une coïncidence. Mais il y a de nouvelles [pistes qui] disent que cette vaccination BCG crée quelque chose comme une mémoire immunitaire plus générale et plus large, dans le domaine de l'immunité innée, c'est-à-dire l'immunité peu spécifique du pathogène. La discussion est loin d'être terminée. [Mais on est loin de comprendre ce qui se passe]. Je serais très surpris si cela se traduisait par des mesures à large échelle. 

Hennig: Récemment, le remdesivir, un médicament qui a été développé pour Ebola, suscitait de grands espoirs. Nous en avons déjà discuté dans le podcast. Il y a eu une étude dans le "New England Journal of Medicine" qui montrait que la durée de la maladie pouvait être raccourcie de quelques jours, mais on ne sait toujours pas s'il sera possible d'empêcher les cas graves. Faut-il poursuivre les recherches ? 

Drosten: Le gros problème avec le remdesivir est que les études réalisées l’ont été avec l'intention d'aider les patients qui ne vont pas bien. Et malheureusement, avec cette maladie, ce sont les patients infectés depuis longtemps. Nous en avons parlé dans les épisodes précédents, il y a trois phases. L'une est la phase virale, la première semaine. L'autre est la phase immunitaire. Et la troisième est la phase inflammatoire. Donc première, deuxième, troisième semaine. C'est si simplifié que n’importe quel clinicien dirait: Mais qu’est-ce que vous racontez comme bêtises, M. Drosten? Mais on peut garder cela à l'esprit en tant que modèle. La phase où les patients viennent à l'hôpital, où les choses empirent - c’est dans la deuxième semaine. La phase de réplication virale, où le virus se propage, est terminée. Et là on a un médicament qui agit contre le virus. La logique est que vous devez administrer ce médicament beaucoup plus tôt, à un moment où les patients sont dans la première semaine et sont légèrement malades, donc ils n'ont en fait aucune infection grave. C'est une décision clinique très difficile - même dans les études - de dire: il s'agit d'un patient dans un stade précoce, qui se porte plutôt bien, et presque tous les patients se portent plutôt bien à ce stade. Maintenant, nous lui donnons cette substance qui est difficile à obtenir, sauf pour des études. C'est pourquoi nous ne savons pas vraiment comment le remdesivir fonctionne réellement dans les premières phases. Mais ce n'est qu'un des problèmes, un autre problème est que l'ingrédient actif du remdesivir n'est pas facile à synthétiser chimiquement. […] Vous ne pouvez pas facilement augmenter [la quantité] si je comprends bien. Mais je ne suis pas un expert dans la production de médicaments. Ce qu’on pourrait considérer, c'est trouver une autre forme posologique, par exemple l'inhalation. […] Mais je ne pense pas que cela va se produire rapidement. 

Hennig: Un autre médicament qui fait la une des journaux est la chloroquine. Nous en avons déjà parlé ici, une substance contre le paludisme. Il y a de gros titres sur Trump et le Brésil. Cependant, il existe également des publications qui supposent que la chloroquine a non seulement des effets limités, mais peut également être nocive. Néanmoins, les chercheurs disent qu’il ne faut pas arrêter toutes les études cliniques à cause de ces annonces. Qu’en dites-vous ? 

Drosten: Bien sûr, les études cliniques doivent déjà être terminées, car sinon, tout cela aurait été un gaspillage d'énergie - du moins quand il est clair qu'elles ne sont pas nocives. Sinon, vous risquez de manquer quelque chose. Qui sait. Il est connu que la chloroquine possède certaines propriétés anti-inflammatoires. Je pense que c'est avant tout un appel à l'exhaustivité. Ce n'est pas comme si la chloroquine mettait un patient en danger, là, tout de suite. […] 

Hennig: La clinique universitaire Eppendorf de Hambourg a récemment lancé un appel pour tester un vaccin sur des volontaires. [...] Comment évaluez-vous le débat sur les Human Challenge Trials? Est-ce une voie dangereuse? 

Drosten: Bien sûr, c'est une voie dangereuse, si on pense à l’individu. Nous savons très bien que l'infection virale peut très mal se dérouler, même pour des jeunes. On pourrait faire cela si on avait déjà un médicament, donc s'il s'avère que le vaccin ne protège pas, vous pouvez au moins arrêter l'infection qui survient avec un médicament. […] 

Hennig: Monsieur Drosten, nous discutons maintenant depuis un peu plus de trois mois. Vos collègues nous ont répété à maintes reprises que les virologues n'étaient pas totalement surpris qu'il y ait une pandémie, parce que c’était prévisible. Et les zoonoses sont également un sujet toujours abordé. Vous attendiez-vous à ce que ce soit un coronavirus qui en soit à l’origine, et que cela se produise maintenant? 

Drosten: Que ça arrive maintenant, non, c'est tout aussi surprenant qu'à tout autre moment. Qu'il y a des facteurs écologiques qui favorisent quelque chose comme ça, oui. Après tout, c'est mon domaine de recherche. J'ai souvent dit que ce serait un coronavirus, que le premier candidat serait clairement un virus grippal. Mais avec tout ce qu’on voit avec le MERS dans les pays arabes, ou au Moyen-Orient et en Afrique, [il y avait un peu d’inquiétude]. Mais qu'un tout nouveau virus apparaisse soudainement, et qui se transmette si facilement, cela me surprend. Je suis également surpris qu'il s'agisse d'un virus semblable au SRAS, car le SRAS avait une autre propriété à l'époque de sa propagation.

Hennig: Dans les voies respiratoires plus profondes. 

Drosten: Exactement. [...]